L’étude Altares du 2e trimestre 2026 confirme une mutation profonde des entreprises françaises
La dernière étude publiée par Altares sur les défaillances d’entreprises a retenu toute mon attention.
À première vue, elle confirme ce que chacun constate déjà : l’économie française reste sous tension. Près de 17 500 procédures collectives ont été ouvertes au deuxième trimestre 2026, soit une progression de 5,4 % sur un an. Plus de 37 700 entreprises ont déjà fait défaut depuis le début de l’année. Certains secteurs, comme les services aux entreprises, enregistrent une hausse de près de 14 % des défaillances, tandis que les activités de conseil en communication et en gestion progressent de près de 20 %.
Ces chiffres sont préoccupants.
Mais je crois qu’ils racontent une histoire beaucoup plus importante qu’une simple dégradation de la conjoncture économique. Ils traduisent une transformation profonde de notre environnement.
Nous ne traversons pas une crise. Nous traversons une mutation.
Depuis plusieurs années, j’observe les dirigeants d’entreprise confrontés à une accélération sans précédent des changements.
L’intelligence artificielle bouleverse les métiers intellectuels. Les comportements d’achat évoluent. Les marges se réduisent. Les tensions sur le recrutement persistent. Les réglementations se multiplient. Les technologies évoluent à un rythme jamais connu.
Ce qui rend cette période si particulière, ce n’est pas chacune de ces évolutions prise isolément. C’est qu’elles se produisent toutes en même temps.
Pendant longtemps, une entreprise pouvait adapter progressivement son organisation, ses outils ou son modèle économique. Aujourd’hui, ce temps n’existe plus.
La véritable question n’est plus : « Mon entreprise est-elle performante ? »
Pendant des décennies, les dirigeants ont appris à améliorer leurs performances : optimiser les coûts, développer le chiffre d’affaires, recruter, investir, communiquer davantage.
Toutes ces démarches restent indispensables. Mais elles ne répondent plus à la question fondamentale.
La véritable question est désormais :
Mon entreprise est-elle encore adaptée au monde dans lequel elle évolue ?
Car une entreprise peut être parfaitement organisée… pour un marché qui n’existe plus.
Elle peut disposer d’équipes compétentes… sur des métiers qui évoluent rapidement.
Elle peut continuer à appliquer les recettes qui ont fait son succès… dans un environnement qui a profondément changé.
Les entreprises ne disparaissent pas parce qu’elles sont mauvaises.
L’histoire économique est remplie d’entreprises reconnues, performantes, parfois leaders sur leur marché, qui ont pourtant disparu.
Leur problème n’était pas un manque de compétence. Leur problème était d’avoir considéré leur réussite passée comme une garantie pour l’avenir.
Pendant longtemps, le changement était progressif. Aujourd’hui, il est permanent.
Le véritable risque n’est donc plus de mal faire son métier. Le véritable risque est de continuer à parfaitement exercer un métier dont les règles sont en train de changer.
La communication n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres.
Les métiers de la communication, que j’observe depuis plus de vingt-cinq ans, illustrent parfaitement cette transformation.
L’automatisation, les plateformes numériques, l’intelligence artificielle et les nouvelles attentes des entreprises remettent profondément en question des modèles qui fonctionnaient encore il y a quelques années.
Mais croire que cette évolution ne concerne que la communication serait une erreur.
L’industrie repense ses chaînes de valeur. Le commerce réinvente la relation client. Les entreprises de services automatisent leurs processus. Les organismes de formation transforment leurs méthodes pédagogiques. Les professions libérales intègrent de nouveaux outils.
Tous les secteurs sont concernés. Ce qui change aujourd’hui dépasse largement les frontières d’un métier. C’est l’ensemble des modèles économiques qui est en train d’évoluer.
L’intelligence artificielle n’est pas la révolution.
Contrairement à ce que l’on entend souvent, je ne pense pas que l’intelligence artificielle soit la révolution.
Elle en est l’accélérateur. La véritable révolution est ailleurs.
Elle réside dans la vitesse à laquelle une entreprise peut voir son modèle économique devenir obsolète.
Hier, une organisation pouvait fonctionner pendant quinze ou vingt ans avec relativement peu d’évolutions. Aujourd’hui, quelques années suffisent parfois à remettre en cause un positionnement, une offre, une organisation ou un processus.
L’IA ne crée pas cette réalité. Elle l’accélère.
Le rôle du dirigeant change profondément.
Dans ce contexte, le rôle du dirigeant évolue lui aussi.
Il ne s’agit plus uniquement de gérer l’activité. Il faut être capable d’anticiper, d’observer, de remettre en question ses certitudes et d’accepter que certaines décisions qui étaient pertinentes hier ne le soient plus demain.
Le dirigeant devient le premier acteur de l’adaptation de son entreprise.
La capacité d’adaptation devient le premier avantage concurrentiel.
Pendant longtemps, les entreprises cherchaient à devenir les meilleures.
Aujourd’hui, elles doivent surtout devenir les plus adaptables.
C’est probablement le principal enseignement que je retiens de cette période.
Les entreprises qui réussiront demain ne seront pas nécessairement les plus grandes, ni les plus riches, ni même les plus performantes aujourd’hui.
Elles seront celles qui auront développé la capacité de remettre en question leur fonctionnement avant que le marché ne les y oblige.
Une question que chaque dirigeant devrait se poser.
À la lecture de cette étude, une question me paraît essentielle.
Mon entreprise est-elle simplement performante… ou est-elle réellement prête à s’adapter au monde qui arrive ?
Car l’histoire économique nous enseigne une chose.
Les entreprises ne disparaissent pas toujours parce qu’elles prennent de mauvaises décisions. Elles disparaissent souvent parce qu’elles continuent trop longtemps à croire que les bonnes décisions d’hier seront encore les bonnes demain.
Dans un monde où les mutations s’accélèrent, la capacité d’adaptation est sans doute devenue le premier facteur de pérennité d’une entreprise.



